CANADA - Vie culturelle


CANADA - Vie culturelle
CANADA - Vie culturelle

En deux langues, la littérature canadienne exprime l’âme d’un peuple. Les textes français antérieurs à 1760 sont pour l’essentiel des récits de voyage et constituent une «prélittérature». Ce n’est qu’après les guerres de la conquête que les Canadiens français, coupés de leurs élites, obligés de s’adapter pour ne pas périr, doivent se défendre par la parole ou l’écrit. Journalistes et orateurs parlementaires produisent une littérature de combat.

Au siècle dernier, la poésie se cantonne soit dans l’exaltation de la patrie, soit dans des imitations de la poésie française. Les premiers romans, idylliques et moralisateurs, empruntent souvent la forme de Mémoires ou de récits épistolaires. Leur documentation réduite, leur partialité et leur absence de méthode font des diverses «histoires du Canada» plutôt de simples chroniques. Le mouvement des idées est dominé par un nationalisme revendicateur, qui se traduit surtout par des efforts pour le maintien de la langue française. Cependant, plusieurs essayistes sont des critiques lucides et acerbes de la société bourgeoise du XIXe siècle.

Depuis dix ans à peine, il existe un ensemble d’études qui permet une analyse systématique de la littérature canadienne-anglaise. Elles semblent dominées par le souci de considérer cette jeune littérature, non plus selon les normes d’une esthétique traditionnelle, mais en fonction de son apport original à la culture nationale. On cherche donc moins à comparer les œuvres indigènes avec les chefs-d’œuvre de la littérature anglaise ou américaine qu’à suivre la marche d’une expérience spécifiquement canadienne.

La vie musicale canadienne est celle d’un pays-continent. Seuls les moyens modernes de communication ont pu le ramener à une échelle humaine. La musique y connaît un nouvel essor grâce à des échanges artistiques de plus en plus intenses entre les provinces.

L’histoire des arts plastiques au Canada comprend plusieurs étapes. D’abord l’Église favorise la sculpture et l’architecture. On rencontre ensuite une «époque» du portrait qui durera jusqu’à la fin du XIXe siècle. Les artistes d’origine britannique seront surtout des peintres paysagistes. Depuis le milieu du XXe siècle, on assiste à un surprenant renouveau dans tous les domaines des arts plastiques.

1. Littérature de langue française

La poésie

Au moment où, en France, le romantisme subit un net déclin, il connaît, sur l’autre rive de l’Atlantique, une étrange survie, avec un retard d’au moins une génération. Le chef du mouvement est Octave Crémazie (1827-1879), qui traduit la voix de son peuple à l’aube de sa renaissance, se faisant l’interprète de ses regrets, de ses espoirs, de sa nostalgie des couleurs françaises. Il s’émeut des mœurs rudimentaires des paysans et affirme son attachement aux valeurs religieuses. Plus prolifique, Louis Fréchette (1839-1908) a voulu, avec La Légende d’un peuple , doter ses compatriotes d’une épopée faisant revivre les nobles gestes et les hautes figures des ancêtres. William Chapman (Feuilles d’érable , Fleurs de givre ) est porté à la grandiloquence; Pamphile Lemay (Les Gouttelettes ) est un poète spontané et mélancolique, Alfred Garneau, un artiste raffiné, Nérée Beauchemin (Floraisons matutinales , Patrie intime ), un parfait artisan du vers.

Avec le siècle naît un courant nouveau. Des poètes d’une culture plus vivante, d’un goût plus affiné, se refusent à chanter les gloires gémelles de Dieu et de la patrie. Ils ont découvert d’autres sources d’inspiration et entendent accueillir l’humain, tout l’humain. Ils rêvent d’une forme plus souple, recherchent des innovations stylistiques, imaginent ce qu’ils n’ont pu expérimenter.

Le chef de cette pléiade est, sans aucun doute, Émile Nelligan (1879-1941). Dès l’enfance, il s’enfonce dans une tristesse morbide, et la pensée de la mort hante ses poèmes. Inlassablement il répète son désenchantement, son refus désespéré de la vie. Rompant avec les thèmes du terroir, Nelligan libère la poésie canadienne et lui ouvre la voie du XXe siècle. Il se tait avant d’atteindre vingt ans.

Albert Lozeau (1878-1924) est lui aussi un homme blessé et, de sa résignation, naît un art intimiste. La nature l’émeut, qu’il ne connaît que par l’imagination, et la «bonne souffrance» acquiert dans ses vers la voix feutrée de l’apaisement. Dans le même groupe on rencontre: Gonzalve Désaulniers (Les Bois qui chantent ), un humaniste serein, une sensibilité lamartinienne; Jean Charbonneau (Les Blessures , Sur la borne pensive ) qui, par le moyen d’obscurs symboles, reprend les grands mythes religieux et métaphysiques; Charles Gill, chez qui le clinquant dépare une œuvre épique dont l’ambition, du reste, dépasse son talent; Blanche LamontagneBeauregard, d’une inspiration exclusivement régionaliste, Englebert Gallèze (La Claire Fontaine ), dont le rythme enjoué s’associe à une émotion discrète; Lucien Rainier (Avec ma vie ), poète du recueillement et de la méditation mystique; Albert Ferland enfin.

Paul Morin (1889-1963) s’affirme le poète exotique par excellence. Dans Le Paon d’émail et Poèmes de cendre et d’or , il traduit l’éblouissement d’un jeune homme raffiné, livré aux multiples ivresses des dépaysements, amoureux des rythmes et des formes, épris du chatoiement des syllabes, jouant d’une rare virtuosité verbale. Également maître du rythme mais plus sincère, René Chopin (1885-1953) ne s’éloigne pas de son pays, et son exotisme sera d’ordre moral. Poète de la nature (Le Cœur en exil , Dominantes ), il l’interprète plus qu’il ne la décrit; son talent se fonde sur une sensibilité intense, mal adaptée au quotidien. Robert Choquette, né en 1905, a séduit ses contemporains par le romantisme juvénile d’À travers les vents ; par la suite, les vers nobles et un peu froids de Suite marine ont paru correspondre à un exercice, grandiose certes, mais dénué de nécessité profonde. Alfred Desrochers (À l’ombre de l’Orford ) est un poète viril, peintre réaliste de la nature, au demeurant, soucieux de la forme. Le premier tiers de notre siècle compte encore: Simone Routier, Rosaire Dion-Lévesque, Cécile Chabot, Josette Bernier, Medjé Vézina.

L’époque contemporaine marque le début d’une ère nouvelle: la naissance d’une poésie authentique, où il ne s’agit plus d’imiter ou de versifier, mais d’atteindre à l’expression originale de sentiments et d’expériences personnels. L’œuvre poétique d’Alain Grandbois (Les Îles de la nuit , Rivages de l’homme , L’Étoile pourpre ) est l’écho de son aventure humaine. Cette poésie ample et frémissante exprime un rêve lucide. Elle joue avec les mots comme avec des objets précieux; mais cette danse devant l’arche dissimule mal une inquiétude jamais apaisée. Grandbois reprend les thèmes universels, le désir, l’amour, la nostalgie, insistant sur le rendez-vous inévitable avec la mort. Pour Saint-Denys Garneau (1912-1943), l’art constitue une activité spirituelle, il ne le conçoit que dans un climat de pureté. Regards et jeux dans l’espace laisse transparaître intacte, une âme d’enfant. Il rejette les mètres traditionnels et recourt aux mots humbles, les disposant en un ordre imprévu qui suscite une émotion étrangère aux engouements passagers.

Après avoir fait ses gammes (Les Songes en équilibre ), Anne Hébert atteint, dans Le Tombeau des rois , à une haute et exigeante poésie, dépouillée de tout élément adventice, et formule les interrogations les plus profondes. Elle possède un sens aigu de l’incommunicabilité avec autrui. Rina Lasnier (Le Chant de la montée , Escales , Présence de l’absence , Les Gisants , L’Arbre blanc ) a progressivement rendu son inspiration plus hermétique. La femme s’enfonce dans la solitude et murmure des confidences voilées, d’une mélancolie résignée. Ses nombreux recueils frappent par la justesse de l’expression, son intransigeante sobriété, le refus de toute complaisance; ils sont le témoignage d’une expérience spirituelle poursuivie sans la moindre tricherie.

François Hertel excelle aux acrobaties de la pensée et de la phrase. Dans Mes Naufrages , il traduit son désarroi et le tohu-bohu d’une existence tourmentée, à la recherche d’un port d’attache. Parmi les principaux poètes contemporains, on rencontre Roger Brien, fougueux partisan de l’alexandrin, Gilles Hénault, inventif et fervent, Jean-Guy Pilon, Pierre Trottier, Roland Giguère, Fernand Dumont, Maurice Beaulieu, Gatien Lapointe, Paul-Marie Lapointe, Fernand Ouellette, Luc Perrier...

Le roman

Le roman fait son entrée dans la littérature canadienne avec l’œuvre d’un vieillard cultivé, Philippe Aubert de Gaspé (Les Anciens Canadiens ): il se penche sur le passé franco-canadien. Antoine Gérin-Lajoie (Jean Rivard ), journaliste-juriste, également épris du passé national, se fait l’avocat de la colonisation et du retour à la terre. Célibataire sensible et mélancolique, Laure Conan (Angéline de Montbrun ) est la première à tenter de démêler, bien que naïvement, l’écheveau des problèmes psychologiques.

Pendant le premier tiers du XXe siècle, les écrivains canadiens-français ne possèdent pas un métier assez solide pour s’attaquer à la tâche de construction concertée qu’exige le roman. Ils se bornent à raconter de petites histoires sans conséquence; la puissance créatrice leur fait défaut pour camper des personnages vivants engagés dans des situations concrètes. Ils souffrent également de timidité. Souvent découragés d’avance par la comparaison avec les œuvres françaises, ils ne paraissent pas convaincus que des êtres de chair et de sang soient susceptibles, au Québec aussi bien qu’ailleurs, de retenir l’attention du lecteur. Ces rares romanciers hésitent à aborder l’univers complexe des agglomérations urbaines et se rabattent, non sans une arrière-pensée d’édification, sur les milieux ruraux toujours artificiellement idéalisés. D’où de nombreuses œuvres qui se répètent les unes les autres, assurant la survie de légendes déjà fort éloignées de la réalité. C’est notamment le cas d’Adjutor Rivard (Chez nous, Chez nos gens ) et de Marie Victorin (Récits laurentiens , Croquis laurentiens ).

Léo-Paul Desrosiers (1896-1967) emprunte à l’histoire un cadre, des personnages, des situations, il imagine une intrigue fictive dans un décor vrai. C’est le cas de Nord-Sud , des Engagés du grand portage , où revivent les voyageurs des pays d’en haut, des Opiniâtres . Sa réussite la plus éclatante, dans une veine spiritualiste, demeure L’Ampoule d’or , poème en prose. Robert de Roquebrune (1889-1978), cultive, lui aussi, l’évocation historique, comme le manifestent Les Habits rouges , qui se rapportent à la rébellion de 1837, La Seigneuresse et surtout Testament de mon enfance , témoignage attachant sur un type de civilisation locale disparue au début de ce siècle. Plus affranchi des conventions et des préjugés, Jean-Charles Harvey (1891-1967) vise à combattre le conformisme et la médiocrité par la satire, le fantastique ou le pamphlet (Les Demi-Civilisés , Les Paradis de sable ). Claude-Henri Grignon (1894-1976) est l’homme d’un seul roman, Un homme et son péché , peinture âpre de l’avarice paysanne; il a créé un type, Séraphin Poudrier, devenu l’Harpagon ou le père Grandet du pays laurentien. Avant tout poète et critique, Louis Dantin (1865-1945) a laissé un roman posthume et à demi autobiographique, Les Enfances de Fanny , un ouvrage plein d’une douloureuse présence humaine. Mentionnons également Harry Bernard (Les jours sont longs ) et Rex Desmarchais (La Chesnaie ).

C’est pendant la Seconde Guerre mondiale que s’opère un puissant renouveau romanesque. Toutefois, quelques années plus tôt, Philippe Panneton (1895-1960) s’était imposé par un réalisme lucide; dans Trente Arpents et Le Poids du jour , l’auteur ignore ses états d’âme, et son intelligence du cœur humain anime une œuvre attentive aux problèmes sociaux; il est plus architecte que musicien. Bien différent s’affirme Félix-Antoine Savard (1895-1982), un maître de l’incantation verbale; Menaud, maître draveur et surtout La Minuit sont pleins d’un lyrisme cosmique; dans un climat d’exaltation intense, ses personnages représentent plutôt des allégories, des types que des individus concrets.

Germaine Guèvremont (1900-1968) a porté le roman paysan à un rare degré d’excellence; Le Survenant et Marie-Didace demeurent des réussites exceptionnelles. L’auteur possède un sens aigu de l’observation; elle regarde ses personnages colorés et truculents d’un œil précis et d’un cœur indulgent, non sans une malice amusée. Avec Bonheur d’occasion , Gabrielle Roy (1909-1983) a banni toute préoccupation édifiante; le récit se rapproche parfois du document, mais évite la sécheresse, grâce à la tendresse dont l’auteur ne cesse d’entourer ses créatures. La petite Poule d’eau , éclairée d’un humour discret, souligne le monotone écoulement des ans, accordé au rythme des saisons et des événements familiers. On retrouve les mêmes qualités d’émotion intime dans Rue Deschambault , avec une pointe de détresse pitoyable dans Alexandre Chênevert . Romancier populiste, Roger Lemelin, né en 1919, est un conteur joyeux et inventif plus qu’un styliste raffiné. Au pied de la pente douce et La Famille Plouffe bouillonnent de vitalité, les cocasseries et les incongruités de l’existence quotidienne s’y déroulent à une allure endiablée. En revanche, plus ambitieux, Pierre le Magnifique est alourdi d’une idéologie peu convaincante.

Robert Charbonneau (1911-1967) a ouvert la voie au roman d’analyse psychologique. Dans Ils posséderont la terre et Fontile , Les Désirs et les jours et Aucune Créature , les mêmes personnages se retrouvent, intensifiant l’unité d’atmosphère. C’est le procès de l’homme moderne, souvent mystérieux à soi-même, qui s’instruit devant nous, et cet homme demeure la proie d’une inquiétude spirituelle qui inspire toutes ses démarches. C’est cette tension permanente qui entretient un climat dramatique exceptionnel. Dans une veine très voisine, occupent une place importante André Giroux (Au-delà des visages , Le gouffre a toujours soif ) et Robert Elie (La Fin des songes , Il suffit d’un jour ), deux romanciers qui scrutent avec perspicacité les replis les plus secrets de l’âme humaine. Même pénétration psychologique chez André Langevin, né en 1927, qui garde le silence après avoir publié trois romans remarquables: Évadé de la nuit , Poussière sur la ville , Le Temps des hommes . Par son intensité, par sa puissance de création, par son acuité introspective, Langevin est le premier romancier de sa génération. Le plus fécond, c’est Yves Thériault (1916-1983). D’une œuvre abondante, variée, inégale, on retiendra Aaron , Agaguk et Ashini , où sont successivement étudiés les problèmes actuels des juifs, des Esquimaux et des Indiens au Canada.

Dans les œuvres de Claire Martin: Avec ou sans amour , Soux-Amer , Quand j’aurai payé ton visage , on perçoit une forme séduisante de sensibilité lucide. Rien ne lui est étranger des intermittences du cœur, qu’elle transcrit avec un détachement mêlé de complicité; des hommes et des femmes se cherchent, s’égarent dans les sentiers confus des amours difficiles. Dans une tonalité en grisaille, Jean Filiatrault publie des romans audacieux par leurs thèmes et leurs situations (Terres stériles , Chaînes , Le Refuge impossible , L’argent est odeur de nuit ). Il s’attaque avec virulence aux problèmes sexuels et met en scène des cas limites, qu’il traite dans un style frémissant et dépouillé.

Marie-Claire Blais (Tête blanche , La Belle Bête , Une saison dans la vie d’Emmanuel ) nous plonge dans un monde noir, sans espoir de rédemption. Les êtres se déplacent dans un univers irréel, plongé dans une atmosphère sulfureuse. Ce fantastique morbide atteint à une poésie sauvage et désolée; dans ce climat asphyxiant, la liberté cède la place à un fatalisme implacable. Jacques Ferron est un maître conteur qui met en scène des gens simples et frustes. Avec Le Libraire , Gérard Bessette a signé un roman satirique d’une vérité implacable. Les lettres canadiennes peuvent beaucoup espérer de Jean Simard, ironiste racé et souriant, de Jacques Godbout, Diane Giguère, Paule Saint-Onge, Jean Basile, Hubert Aquin, Claude Jasmin, Gilles Marcotte, Réjean Ducharme, auteur de L’Avalée des avalés , Le Nez qui voque , L’Océantume .

L’histoire

À un groupe humain abandonné de la métropole, soumis à des vainqueurs restés hostiles, éprouvant le sentiment encore vague de former une entité homogène, il faut un grand courage pour entreprendre le bilan lucide de ce qu’il a accompli. Peuple conquis ou cédé, peuple sans histoire. Blessés dans leur fierté nationale, des historiens surgissent, décidés à relever le défi. Ils le font avec des moyens limités; ils n’ont accès qu’à des archives incomplètes et mal inventoriées, il leur faut éviter les interprétations hâtives ou abusives, se garder surtout d’une conception polémique de l’histoire. Les plus anciens d’entre eux n’y parviennent pas toujours.

L’Histoire du Canada de François-Xavier Garneau (1809-1866) n’est pas un pamphlet, mais un récit fidèle des faits. Il parvient à reconstituer le passé de façon cohérente. Promis à une rapide caducité, cet ouvrage se lit encore, un siècle plus tard, avec intérêt et profit; la science contemporaine a confirmé plusieurs de ses intuitions. Nourri des classiques, Garneau écrit la langue correcte de son temps, plus ferme qu’élégante, moins nerveuse que précise.

Moins bien charpentée, l’Histoire du Canada d’Antoine Ferland (1805-1865) s’en tient au régime français et n’esquisse aucun système philosophique ou historique. Si elle manque souvent d’attrait et de verve, elle s’impose par sa méthode scientifique, par l’exploitation d’archives inédites, par l’abondance des détails.

Connu surtout comme animateur de la vie littéraire, Henri-Raymond Casgrain (1831-1904) a publié des Biographies canadiennes , des ouvrages sur l’Acadie et des études consacrées à Montcalm et Lévis.

De l’œuvre considérable de Lionel Groulx (1878-1967), il restera L’Enseignement français au Canada , lumineux exposé d’une lente montée vers la culture, et, plus sûrement encore, les quatre volumes de l’Histoire du Canada , synthèse de ses recherches où l’érudition se présente sereine et claire. Convaincu que l’histoire est maîtresse de vie et d’action, il s’attache à dégager l’âme canadienne-française, autonome avant la cession du pays, et devenue plus jalouse de son originalité au cours de sa résistance opiniâtre à l’anglicisation. S’il lui arrive de porter des jugements sévères sur les Anglais, il n’épargne guère ses compatriotes. Méthode historique d’une probité rigoureuse et puissance rayonnante d’un verbe conquérant caractérisent cette grande œuvre. Grâce à Groulx, la doctrine nationaliste n’est plus étroit repli sur soi-même mais expansion généreuse aux dimensions de l’humain.

Après deux biographies, Jean Talon intendant de la Nouvelle-France et Le Marquis de Montcalm , Thomas Chapais (1859-1946) a donné son Cours d’histoire du Canada , qui s’étend de 1760 à la Confédération de 1867. Il est porté à la grandiloquence et envisage les événements dans une perspective trop officielle. Archiviste de profession, Gustave Lanctôt, né en 1883, a publié des ouvrages estimables: L’Administration de la NouvelleFrance , Filles de joie ou filles du roi , Faussaires et faussetés en histoire canadienne . Plus récemment, il a fait paraître une Histoire du Canada , limitée au régime français.

Guy Frégault (1918-1977) est un historien aussi savant qu’artiste. On lui doit des ouvrages sans doute définitifs: Iberville le conquérant , La Civilisation de la Nouvelle-France , François Bigot , Le Grand Marquis , La Guerre de la conquête . Jean Bruchési (1901-1979) s’est affirmé comme un vulgarisateur élégant et concis, Robert Rumilly (1897-1983) comme un chroniqueur intarissable (Histoire de la province de Québec , en une quarantaine de volumes), Marcel Trudel comme un érudit solide et minutieux, Michel Brunet comme un historien polémiste.

Le mouvement des idées

Comme journaliste et comme sociologue, Étienne Parent (1801-1874) tente de raison garder dans le tumulte des passions et de bousculer les routines pour imaginer l’avenir. Journaliste de combat, il prêche la modération, défend les droits imprescriptibles de ses compatriotes. Il élargit peu à peu son horizon et aborde les problèmes d’un ordre plus général. Il est le premier à deviner l’importance croissante des sciences sociales et économiques.

La littérature d’idées à la fin du XIXe siècle est animée par des écrivains conscients de leurs faiblesses et de leurs déficiences, inquiets de voir s’étioler la langue française au Canada. Ils protestent contre les outrances, contre les anglicismes et les solécismes, les exagérations néo-romantiques devenues presque une tradition dans les lettres. Ils s’élèvent contre la partialité des critiques contemporains; ils sont les premiers vrais critiques littéraires. Avides de pureté et de vérité, ils sont aussi des chroniqueurs agréables et ont su fixer en des tableaux attachants le charme un peu désuet d’une période révolue. Ce sont les écrivains les plus dégagés de tout conformisme, leur verve les préserve de toute raideur solennelle. Mentionnons Arthur Buies (1840-1901), pamphlétaire fiévreux, d’un entrain endiablé, esprit progressiste; Faucher de Saint-Maurice (1844-1897), grand voyageur; Hector Fabre (1834-1910), critique littéraire perspicace; Oscar Dunn (1845-1885), défenseur du français et des humanités classiques; Jules-Paul Tardivel (1851-1905), journaliste qui a l’âme d’un apôtre et professe un ultramontanisme intransigeant.

Journaliste, tribun, homme politique, Henri Bourassa (1868-1952) domine de haut un demi-siècle de la vie canadienne. Par le discours et par l’éditorial, il agit avec plus de force parfois que de finesse. Sa rigueur discursive reste inégalée; s’il lui arrive de s’appuyer sur des prémisses discutables, le raisonnement n’offre aucune faille. Plus nuancé, nature anxieuse, d’une ironie ravageuse, Jules Fournier (1884-1918) dénonce les travers de ses compatriotes et ne tolère que la perfection dans tous les domaines. Ses critiques littéraires sont d’une justesse féroce. Olivar Asselin (1874-1937) poursuit, dans la presse, une œuvre analogue, avec une dialectique rageuse et efficace, sans oublier ses foucades et ses mots méchants.

Édouard Montpetit (1881-1954) marque une étape dans l’évolution du Canada français. Son action est féconde, dans sa discrète ténacité. Ennemi du médiocre et du banal, il prêche à ses compatriotes le culte de la supériorité. Homme de vaste culture, il s’initie à toutes les formes du savoir; à l’époque de la spécialisation, il reste le type de l’humaniste. On lui doit notamment: Pour une doctrine , Les Cordons de la bourse , Sous le signe de l’or , La Conquête économique , D’azur à trois lys d’or , et surtout trois volumes de souvenirs: Vers la vie , Vous avez la parole , Aller et retour .

Le théâtre

Le théâtre canadien-français compte peu d’œuvres pouvant prétendre à quelque longévité. Parmi les auteurs dramatiques, les uns cherchent à élaborer un théâtre littéraire, plus soucieux de la forme que de l’action: Paul Toupin (Brutus , Le Mensonge , Chacun son amour ), Éloi de Grandmont; les autres exploitent avec talent la veine populaire: Gratien Gélinas (Tit-Coq , Bousille et les justes , Hier les enfants dansaient ), le prolifique Marcel Dubé (Zone , Le Temps des lilas , Un simple soldat , Florence , Les Beaux Dimanches ). À mi-chemin entre ces deux pôles, Françoise Loranger aborde des thèmes psychologiques et Jacques Ferron invente des farces fantaisistes et ironiques.

2. Littérature de langue anglaise

Écrits des explorateurs

À la fois histoire et littérature, les rapports des marins et explorateurs des XVIe et XVIIe siècles constituent les premières œuvres. Les impressions des narrateurs sont variées. Le Français Cartier décrit la côte du Labrador comme «la terre que Dieu donna à Caïn». À l’opposé, on possède les rapports enthousiastes, destinés aux futurs colons, tel celui où Robert Haydon, en 1628, déclare les hivers de Terre-Neuve «courts, sains et constamment dégagés et non épais, malsains et “traînassants” comme ils le sont en Angleterre». C’étaient de simples relations des faits, dépourvues de tout souci stylistique. Cette sobriété et ce goût du concret caractériseront longtemps les écrivains canadiens de langue anglaise.

Évitant les régions françaises le long du Saint-Laurent, les navigateurs anglais s’intéressèrent au nord et au nord-ouest du pays. À partir du XVIIe siècle, leurs noms – Hudson, James, Baffin, Frobisher – vont illustrer toute la carte de l’Arctique canadien. Leurs journaux de bord ainsi que les journaux plus détaillés tenus au XVIIIe siècle par les grands explorateurs qui parcourent les terres à l’ouest de la baie d’Hudson – Hearne, Henry, Mackenzie et Thompson – constituent la seule vraie épopée de la littérature canadienne-anglaise. Leurs écrits donnent la première image de l’immensité du pays, de ses indigènes, de la beauté grandiose et redoutable de ses sites, et des rigueurs de son climat. On y trouve déjà ce que Northrop Frye a appelé le thème dominant de la littérature canadienne: «l’évocation d’une terreur primitive».

Littérature de la colonie et de la jeune nation

De petites communautés de pionniers, vivant closes sur elles-mêmes, aux frontières d’une immensité inculte où régnait un esprit que Frye appellera la «mentalité de garnison»: telle est l’expérience des colons.

Le premier roman canadien-anglais, qui est aussi le premier roman nord-américain, est un roman de garnison, The History of Emily Montague , fut publié en 1769, juste après la conquête. L’auteur, Frances Brooke, était la femme du chapelain de la garnison de Québec. Par une facétie du sort, la première description proprement littéraire de la vie au Canada présente un caractère mondain, et une de ses coquettes prédit au pays un piètre avenir artistique: «Les rigueurs du climat suspendent les pouvoirs mêmes de l’entendement [...]. Le génie ne prendra jamais grand essor où les facultés de l’esprit restent transies la moitié de l’année.»

Effectivement, à part plusieurs romans historiques de valeur contestable, dont le plus connu est The Golden Dog (1877) de William Kirby, le Québec ne devait guère servir de cadre à la littérature anglaise avant l’ère moderne où Montréal s’est acquis le titre de centre littéraire anglais autant que français.

Pionniers du Haut-Canada

À cette époque, ce furent plutôt les colonies du Haut-Canada et de la Nouvelle-Écosse qui contribuèrent à la littérature naissante. Dans le Haut-Canada (actuellement la partie sud de l’Ontario), la première vague d’immigrants anglais qui déferla après les guerres napoléoniennes comprenait nombre de gens d’une certaine culture dont les efforts pour s’adapter à une nouvelle et rude existence nous sont rapportés dans des œuvres telles que Roughing it in the Bush (1852) de Susanna Moodie, ou le livre de sa sœur, Catherine Parr Traill, The Backwoods of Canada (1836). Ces œuvres contiennent des informations très vivantes sur les pionniers de l’Ontario, mais racontent également l’humour, le courage, l’endurance, et parfois la détresse intime qui composaient l’âme secrète des garnisons.

Exilés du Vieux Continent, ces émigrants n’appartenaient pas encore au Nouveau, et un amalgame d’impatience et d’espoir, de désorientation et d’orgueil anime leur œuvre. Cette ambiguïté caractérise souvent, encore de nos jours, les écrivains immigrants.

Colons de la Nouvelle-Écosse

À l’est du pays, dans les colonies maritimes, vinrent s’établir quelque soixante-dix mille sujets demeurés fidèles à la couronne britannique après la révolution américaine.

Ce noyau de colons déjà habitués à la vie nord-américaine forme la base de la première vraie communauté britannique au Canada. Lorsque ces citoyens purent s’occuper de littérature, ils suivirent le courant néo-classique du XVIIIe siècle. The Rising Village (1825) d’Oliver Goldsmith, petit-neveu du poète anglais du même nom, est un exemple de ce genre d’imitation directe. The Stepsure Letters (1821) de Thomas McCulloch est une satire, dans un style ironique qui rappelle celui de Swift. Mais Thomas Chandler Haliburton, avec la création de son personnage Sam Slick, un Américain colporteur d’horloges en Nouvelle-Écosse, fait preuve d’une réelle originalité. Après son apparition dans The Clockmaker (1836), ce rusé Sam Slick devait être le héros d’une demi-douzaine d’autres livres et valoir à son auteur d’être reconnu comme le premier homme de lettres canadien de réputation internationale. La popularité de Haliburton égala, de son vivant, celle de Dickens, et on peut le comparer à Mark Twain ou à cet autre grand écrivain humoriste canadien, Stephen Leacock.

Poètes de la Confédération

Les manifestations de la fierté nationale seront cristallisées, vers 1880, dans les œuvres d’un groupe de poètes connus sous le nom de Poètes de la Confédération. Deux d’entre eux, Bliss Carman et son cousin Charles D. G. Roberts, étaient originaires des provinces maritimes; deux autres, Duncan Campbell Scott et Archibald Lampman, étaient fonctionnaires gouvernementaux à Ottawa. Ces auteurs chantent les forêts, les fleuves, les rivages ou les saisons de leur patrie; ils furent les premiers à prêter une voix au paysage canadien. Leur poésie est influencée par le romantisme anglais, mais se distingue pourtant de celle des lakistes par un caractère nettement moins philosophique. Elle cherchait plutôt à exprimer, au moyen d’images et de cadences concrètes, l’âme des paysages nordiques. Cette réticence à moraliser et cette fidélité au fait observé sont un héritage que les poètes canadiens continuent à exploiter.

Vers la même époque naissait le mythe du Canada pays d’aventure, qui devait alimenter une abondante production d’œuvres rentables. Beaucoup d’écrivains anglais, tels R. M. Ballantyne, G. A. Henty et Robert Service, ou américains, tels James Oliver Curwood et Jack London, commencèrent à situer leurs histoires au Canada en utilisant sa réputation de «dernière frontière». Plusieurs écrivains canadiens exploitèrent la même veine: parmi ceux-là, le clergyman Ralph Connor dont les romans de «plein air» connurent un vif succès. Dès les premières années, on vendit près de cinq millions d’exemplaires de ses trois premiers volumes. À cette époque de succès commerciaux mais de médiocrité artistique, les romans de valeur sont ceux qui expriment la satire sociale. En 1904, The Imperialist de Sara Jeannette Duncan révéla un talent qui fut comparé à celui de Henry James. Cependant au faîte de sa carrière, S. J. Duncan se fixa aux Indes, devenant ainsi un des premiers écrivains canadiens expatriés. En 1910, Stephen Leacock publia son premier livre d’essais humoristiques, Literary Lapses , qui fut suivi d’œuvres de la même veine à la cadence d’un livre par an jusqu’à la mort de l’auteur en 1944. Bien que son génie excelle dans ces courts récits humoristiques, l’œuvre de Leacock la plus chère aux Canadiens est son unique roman, Sunshine Sketches of a Little Town (1912), le portrait d’une petite ville dans l’Ontario.

Romanciers des prairies

La différence entre le tableau de la vie dans la brousse décrite par Susanna Moodie et celui de la petite ville ensoleillée de Leacock illustre l’extraordinaire développement de l’Est canadien à l’ère victorienne. Le tournant du siècle correspond aux débuts de l’ouverture massive de l’Ouest canadien et, vers 1925, toute une série de romans de la terre évoquèrent ce chapitre de l’histoire du Canada. Des romans comme The Viking Heart (1923) de Laura Salverson, Wild Geese (1925) de Martha Ostenso, Grain (1926) de Robert Stead, et surtout les essais et les romans de Frederick Philip Grove, Over Prairie Trails (1922) et Settlers of the Marsh (1925), décrivirent les espérances de divers groupes ethniques, scandinaves, islandais, anglais. Ces livres révèlent un nouveau style réaliste, très différent de la fiction romantique qui fut exploitée avec tant de succès par Mazo De La Roche à partir de Jalna (1927).

Littérature contemporaine

Poésie moderne

Les premières œuvres véritablement modernes marquant la fin de l’époque pionnière et rurale seront des poèmes et non des romans. E. J. Pratt est considéré comme le premier des poètes modernes canadiens. Dans Newfoundland Verse (1923), on remarque déjà les qualités qui, dans les dix-huit volumes suivants, firent de Pratt le poète le plus important de sa génération: la solidité de l’observation scientifique, un grand intérêt pour les triomphes techniques de l’homme moderne, une vision cosmique de l’évolution, ainsi qu’un esprit plein de verve et d’humour. Dans ses dernières œuvres: The Titanic (1935), Brébeuf and His Brethren (1940) et Towards the Last Spike (1952), l’histoire de la construction du chemin de fer transcontinental, Pratt narre avec talent les efforts héroïques de l’homme aux prises avec le temps et l’espace dans le contexte canadien.

Mais Pratt était un solitaire. Le premier groupe de poètes modernes se trouvait à Montréal. F. R. Scott, A. J. M. Smith, Leo Kennedy et A. M. Klein commencèrent à écrire et à publier ensemble à la fin des années vingt. Une anthologie de leurs œuvres parut en 1936 sous le titre de New Provinces . Leurs poèmes étaient modernes, autant par leur forme que par leur contenu, écrits en vers libres, empruntant le rythme et le vocabulaire de la langue courante, ainsi qu’une imagerie relevant de la vie urbaine contemporaine. Influencés par les réformes d’Eliot, de Yeats et d’Auden, ces poètes se servaient de toute une gamme d’éléments nouveaux puisés non seulement dans la nature mais dans les aspects politiques et sociaux de la vie moderne, ce qui donnait souvent à leur poésie le ton d’une satire mordante.

Le groupe montérégien de 1920 s’était rallié à la révolte poétique anglaise; les poètes de la génération suivante se tournèrent plutôt vers les poètes américains William Carlos Williams et Ezra Pound, Montréal devenait le centre de la création poétique pendant et juste après la Seconde Guerre mondiale, avec de jeunes poètes tels que P. K. Page, Patrick Anderson, Louis Dudek et Irving Layton, qui écrivaient dans une série de «petites revues» dont les principales étaient Preview et First Statement (1942-1945), ainsi que Northern Review (1946-1956) dont le directeur dynamique était John Sutherland.

Ces poèmes étaient certes variés, mais reflétaient pourtant une tendance commune à l’engagement et au non-conformisme; ils exprimaient un intérêt commun pour la ville et dévoilaient les misères humaines qu’elle sécrète. Le groupe acceptait certaines contributions de l’extérieur, telle celle de Raymond Souster, le troubadour des rues de Toronto.

Une nouvelle génération de poètes se déclare au commencement des années soixante. Des provinces atlantiques, avec les poèmes engagés de Milton Acorn et Alden Nowlan, à la côte pacifique où le groupe Tish, mené par George Bowering, inaugure un style dépouillé, frondeur, personnaliste, l’activité poétique bat son plein. Le critique George Woodcock a recensé plus de 1 125 recueils parus entre 1960 et 1973. Partout de nouvelles voix se font entendre, de nouvelles revues et maisons d’édition surgissent, et un sain régionalisme vient remplacer les tendances nationalistes ou internationalistes de la première vague de poésie moderne. À Vancouver, appuyés par les expériences constamment renouvelées de leur aîné Earle Birney et l’exemple de Phyllis Webb, de jeunes poètes tels que Bill Bisset, Nichol, Pat Lane, Lionel Kearns et Daphne Marlatt se lancent dans la poésie typographique et surréaliste. Les prairies s’expriment dans les vers de Dorothy Livesay, John Newlove, Dale Zieroth, Andrew Suknaski et Robert Kroetsch. À Toronto, centre traditionnel de culture anglo-canadienne, toute une école se forme sous l’égide du célèbre critique Northrop Frye. Parmi les plus connus on peut citer Margaret Atwood, James Reaney, Jay Macpherson et D. G. Jones. Il y fleurit également des talents aussi divers que ceux de Margaret Avison, Michael Ondaatje, Dennis Lee, Al Purdy, Christopher Dewdney ou Gwendolyn MacEwen. Malgré la présence du chanteur-poète Leonard Cohen, du poète-traducteur John Glassco et du poète-éditeur Louis Dudek, Montréal s’éclipse pendant un certain temps, mais semble retrouver un regain de vie avec les jeunes poètes du groupe Véhicule vers la fin des années quatre-vingt.

Théâtre

Le théâtre canadien ne compte que peu d’œuvres marquantes avant 1960. On peut citer les comédies urbaines de Robertson Davies et les pièces poétiques de James Reaney. Plusieurs facteurs ont contribué depuis, pourtant, à un essor remarquable: la fondation du Stratford Shakespearian Festival en 1953, l’appui du Conseil des arts, la construction de théâtres dans la plupart des grandes villes et la formation de compagnies dramatiques professionnelles à travers le pays. Les jeunes dramaturges font preuve d’une conscience sociale aiguë. Leurs pièces exposent les problèmes des populations indigènes (George Ryga, The Ecstasy of Rita Joe , 1967); l’aliénation des immigrants terre-neuviens déplacés dans la métropole de Toronto (David French, Leaving Home , 1972); les difficultés des victimes de la paralysie cérébrale (David Freeman, Creeps , 1972); l’homosexualité dans les prisons (John Herbert, Fortune and Men’s Eyes , 1967); la vie précaire des classes dépourvues à Montréal (David Fennario, Balconville , 1979); ou le conflit entre générations à propos d’une ferme dans les Prairies (Sharon Pollock, Generations , 1982). D’autres encore mettent en scène des personnages légendaires tels George F. Walker, Zastrozzi (1977), Michael Ondaatje, Billy the Kid (1973), Carol Bolt, Red Emma (1974) ou John Gray, Billy Bishop (1981).

Le roman aujourd’hui

Si quelques-unes des œuvres les plus importantes de la littérature canadienne-anglaise sont de la poésie, il n’en reste pas moins que le roman reflète mieux la diversité du pays. La plupart des romanciers sont d’inspiration régionaliste, mais on compte deux exceptions. Morley Callaghan a toujours revendiqué le titre d’écrivain international. Pendant ses années de formation, vers 1929, il connut Hemingway, Fitzgerald et Joyce, expérience qu’il décrira dans son livre autobiographique, That Summer in Paris (1963). La plupart de ses romans, tels que Such Is My Beloved (1934) et More Joy in Heaven (1937), se situent pendant la dépression économique des années trente dans un milieu urbain et sont marqués d’un caractère social et religieux. Le critique américain Edmund Wilson présente Callaghan comme un génie méconnu; on découvre en effet que ses œuvres principales, The Loved and the Lost (1951) et Morley Callaghan’s Stories (1959), sont, dans la tradition réaliste universelle, des œuvres de grande valeur.

L’autre écrivain qui a tenté de dépasser le cadre régional est Hugh MacLennan. Dans plusieurs de ses romans, il s’est efforcé de définir le caractère national canadien: dans Barometer Rising (1941) par rapport à l’Angleterre, dans The Precipice (1948) par rapport aux États-Unis et dans The Watch that Ends the Night (1959) par rapport à l’Europe de l’après-guerre. Two Solitudes (1945) et The Return of the Sphinx (1967) traitent de la dualité culturelle au Canada et Voices in Time (1980) prophétise sur l’avenir du pays dans un style de science-fiction.

Parmi les autres romanciers, il en est peu qui cherchent, comme MacLennan, à analyser le caractère national si ce n’est Hugh Hood qui dans son roman-fleuve The New Age (1975), dont huit volumes ont déjà paru, fait la chronique de sa génération. Pour la plupart, les romanciers canadiens se contentent de décrire le caractère géographique, culturel et social de leur propre région. Les romans historiques de Thomas Radall, le livre vibrant et intime de Ernest Buckler, The Mountain and the Valley (1952), et le récit sobre et réaliste de David Adams Richards, de The Coming of Winter (1974) à Evening Snow Will Bring Such Peace (1990), nous font pénétrer dans les provinces maritimes. Un groupe de romanciers juifs dont les plus importants sont A. M. Klein, The Second Scroll (1951), Leonard Cohen, Beautiful Losers (1966), et surtout Mordecai Richler, Son of a Smaller Hero (1955), The Apprenticeship of Duddy Kravitz (1959), St. Urbain’s Horseman (1971) et Solomon Gursky Was here (1989), ont choisi Montréal comme le centre vital de leur création.

Plusieurs écrivains nous donnent de l’Ontario des visions saisissantes: l’un est Robertson Davies dans ses satires de la vie bourgeoise, soit dans The Salterton Trilogy (1951-1958), soit dans une œuvre plus dense et plus imaginative, The Deptford Trilogy (1970-1975), soit dans The Cornish Trilogy (1981-1988); un autre est Hugh Garner dans ses contes naturalistes sur les classes pauvres de Toronto. Un troisième, Michael Ondaatje, nous donne le grand roman poétique de la ville de Toronto avec In the Skin of a Lion (1987).

Sinclair Ross dans As for Me and my House (1941) ainsi que la plus grande romancière des prairies, Margaret Laurence dans The Stone Angel (1965), A Jest of God (1966) et The Diviners (1974), évoquent la monotonie, la solitude et l’hypocrisie qui règnent dans les petites villes de l’Ouest canadien. Cette même région est dépeinte avec plus d’humour et de poésie par W. O. Mitchell dans Who Has Seen the Wind (1947), qui raconte l’éveil au monde d’un jeune garçon vivant dans la province de Saskatchewan. Enfin les paysages montagneux de la Colombie britannique servent de cadre aux œuvres du peintre Emily Carr, Klee Wyck (1941), de Ethel Wilson, dont l’esprit et la culture animent Hetty Dorval (1947) et Swamp Angel (1954), ainsi qu’au roman de Sheila Watson, The Double Hook (1959), dont l’art dépouillé atteint l’universel au-delà de la petite communauté qu’elle décrit.

On ne doit pas sous-estimer l’apport de certains écrivains immigrants à la littérature canadienne-anglaise. Bon nombre de romans contemporains reflètent ce phénomène d’une transplantation culturelle. Adèle Wiseman décrit les aventures d’une famille de juifs ukrainiens dans The Sacrifice (1956), John Marlyn celles d’une famille hongroise dans Under the Ribs of Death (1957); Henry Kreisel expose le sombre retour d’un émigrant autrichien dans son pays d’origine dans The Rich Man (1948), et Austin C. Clarke analyse la situation équivoque d’un groupe d’immigrants de La Barbade à Toronto dans The Meeting Point (1967).

Plusieurs romanciers ont fait leur marque depuis 1960. Margaret Atwood est connue aussi bien pour sa poésie et sa critique (Survival , 1972) que pour ses romans, dont les plus importants sont Surfacing (1972), The Handmaid’s Tale (1985) et Cat’s Eye (1988). Alice Munro, de Lives of Girls and Women (1971) à Friend of My Youth (1989), dépeint la petite ville ontarienne avec lyrisme et justesse. Mavis Gallant, qui situe la plupart de ses nouvelles en France, donne pourtant un portrait fictif de sa jeunesse à Montréal dans Home Truths (1981). Robert Kroetsch crée une nouvelle mythologie comique dans Badlands (1975), Alibi (1983) et The Studhorse Man (1968), tandis que Rudy Wiebe explore l’histoire de ses ancêtres mennonites dans The Blue Mountain of China (1970), du peuple amérindien dans The Temptations of Big Bear (1973) et du Nord canadien dans The Mad Trapper (1980). Jack Hodgins célèbre l’île de Vancouver dans The Invention of the World (1977) et Timothy Findley évoque brillamment les deux guerres mondiales dans The Wars (1977) et Famous Last Words (1981).

Depuis 1970, les meilleurs auteurs francophones du Québec sont régulièrement traduits, et Marie-Claire Blais, Roch Carrier, Gabrielle Roy et Michel Tremblay sont aussi connus en anglais qu’en français. Plusieurs immigrants récents – Leon Rooke et Audrey Thomas des États-Unis, Joseph Skvorecky de Tchécoslovaquie – enrichissent également le patrimoine littéraire, et on compte comme faisant partie de la littérature canadienne l’importante contribution de certains résidents temporaires, tels John Buchan, Wyndham Lewis, Malcolm Lowry (Under the Volcano , 1947), Brian Moore (The Luck of Ginger Coffey , 1960, et Black Robe , 1985).

3. La musique

Premières œuvres

On aurait tort de croire que la musique au Canada n’a pris forme qu’au début du XXe siècle; son histoire est sans aucun doute la plus originale du continent nord-américain.

Si la mosaïque ethnique a façonné les divers aspects de la conscience artistique du pays, les deux groupes prédominants, francophone et anglophone, en ont posé les assises. Dès le XVIIe siècle, une vie musicale intense s’organise en Nouvelle-France grâce à son premier évêque, Mgr de Montmorency-Laval, qui suscita la création de la première œuvre canadienne, la Prosa Sacrae Familiae (vers 1674) de Charles Amador Marin (1648-1711).

Fait plus étonnant, les plus prestigieux artistes de l’école de Versailles sont venus sur les rives du Saint-Laurent: Henri Dumont, maître de chapelle de Louis XIV, Jean-Baptiste Morin, musicien de la maison du duc d’Orléans, André Campra, de la chapelle de Versailles. Les lettres de Mme Bégon, écrites en 1748, nous informent sur certains aspects de la vie musicale à Montréal et sur l’importance de la danse comme expression de vie. Dans la deuxième moitié du XVIIIe siècle, De Sales écrit: «Jamais je n’ai connu nation aimant plus à danser que les Canadiens, ils ont encore les contredanses françaises et les menuets qu’ils entremêlent de danses anglaises.»

Après la conquête et le traité de Paris (1763), la musique connaîtra une nouvelle orientation, due à des immigrants allemands, ukrainiens, scandinaves, hollandais.

Les Canadiens eurent le privilège d’entendre des œuvres de l’école de Mannheim, des quatuors de Haydn, exécutés en 1791, des pages de Mozart jouées six ans après leur composition à Vienne (le Quintette en do majeur , K. 515, et le Quintette en sol mineur , K. 516). Il importe également de faire état d’un canon de Beethoven dédié aux Québécois. Parmi les musiciens d’origine allemande qui devaient apporter une contribution exceptionnelle à la vie musicale au Canada, notons Théodore Molt (1796-1856). Professeur et organiste à la basilique de Québec de 1840 à 1849, Molt écrivit deux traités, les premiers du genre en Amérique du Nord: l’un sur l’art vocal, et l’autre sur le jeu du pianoforte . Lors d’un voyage en Europe, Molt rendit visite à Beethoven et le pria d’écrire une œuvre pour ses étudiants. Le manuscrit de cette œuvre porte le titre Freu dich des Lebens (Réjouissez-vous de la vie ); c’est un canon dont on retrouve une esquisse dans le Quatuor en si bémol majeur . Le manuscrit porte la date du 16 décembre 1825, c’est-à-dire le jour du cinquante-cinquième anniversaire de Beethoven.

Calixa Lavallée (1842-1891), Guillaume Couture (1851-1915), Alexis Contant (1858-1918), auteur du premier oratorio canadien, Caien (1905), sont les pionniers de la vie musicale au Canada. Un nombre imposant d’immigrants anglais vinrent s’établir dans différentes provinces du Canada entre 1816 et 1914. Parmi eux, mentionnons Healey Willan (1880-1968). Ce maître, resté profondément attaché au folklore nordique, à ses vieilles légendes, ainsi qu’à la tradition de la musique religieuse de son pays d’origine, fut un chef de file à qui plus d’une génération de compositeurs doit sa formation musicale. Healey Willan guida presque tous les compositeurs du conservatoire de Toronto et de la Faculté de musique entre 1910 et 1930. Dans la province de Québec, Claude Champagne (1891-1965) est le plus canadien des compositeurs par son accent rythmique et le plus français par l’élégance de son style, la correction et la clarté de son langage. Des œuvres comme la Symphonie gaspésienne , vaste poème impressionniste, Altitude , admirable fresque sonore inspirée du spectacle des montagnes Rocheuses, où le musicien dispose avec art de toutes les ressources de l’orchestre, lui ont mérité une célébrité mondiale.

La musique contemporaine

Québec, Montréal, Toronto, Halifax, Victoria et Vancouver ont connu une vie artistique intense durant tout le XIXe et la première moitié du XXe siècle.

Divers facteurs contribuent aujourd’hui au développement de la culture musicale, tant sur le plan de la diffusion que sur le plan de la création. En premier lieu, il convient de souligner le rôle exceptionnel du Conseil des arts du Canada. Il faut ajouter le mouvement des Jeunesses musicales, le Centre musical canadien et divers groupes de musique d’avant garde.

Les orchestres

La musique symphonique connaît une grande faveur auprès des Canadiens. En quelques années, le nombre des concerts donnés par les deux principaux orchestres du pays est passé de 48 à 109 pour Montréal et de 79 à 104 pour Toronto. Outre Montréal, Québec, Toronto, Winnipeg, Halifax, Vancouver, plusieurs villes de moindre importance tentent de former des orchestres semi-professionnels qui, avec l’expérience, finiront par s’imposer. L’Orchestre national de la jeunesse du Canada, fondé en 1960 et dirigé par Walter Susskind, connut un succès retentissant à Berlin et démontra que ce jeune orchestre peut affronter les auditoires européens.

Les Jeunesses musicales

Les jeunesses musicales jouent un rôle très important dans l’évolution de la vie artistique canadienne. Alors qu’en 1957-1958, il y avait 51 centres J.M.C., dont 41 dans le Québec, on en compte aujourd’hui 165 dont 47 hors du Québec, répartis à travers le Canada. Le nombre des membres est évalué à 90 000 environ. C’est grâce à cette remarquable institution subventionnée par le gouvernement de Québec et par le Conseil des arts que la jeunesse reçoit une formation musicale. Ce mouvement peut s’honorer d’avoir lancé sur la scène internationale des artistes aujourd’hui aussi célèbres qu’une Maurreen Forrester.

Lors de l’Exposition de 1967, les Jeunesses musicales furent chargées de la conception et de la réalisation du pavillon «l’Homme et la Musique». Son originalité et son audace technique obtinrent un succès complet. Plus de deux millions de personnes le visitèrent; elles purent y découvrir la présentation de trois siècles et demi d’histoire de la musique au Canada, une synthèse de tous les procédés sonores actuels, des séquences audio-visuelles sur l’histoire des instruments et des genres musicaux, des cours d’interprétation et cinq méthodes actives pour l’éducation musicale des enfants.

L’opéra

Le public canadien affectionne l’art vocal et le Canada est fier, à juste titre, du nombre extraordinaire de chanteurs de première qualité et de réputation internationale qu’il a produits. Comme certains peuples nordiques, particulièrement doués pour l’art vocal, le Canada s’est imposé à l’étranger d’abord par ses chanteurs. Les noms de Pierrette Alarie (née en 1918et de Léopold Simoneau (né en 1918) sont associés aux personnages de Mozart, celui de Teresa Stratas (née en 1938) à Lulu , celui de Joseph Rouleau au rôle de Boris Godounov. Ajoutons ceux de Jon Vickers (né en 1926), Lois Marshall (née en 1924), Louis Quilico (né en 1929), sans oublier Maureen Forrester (née en 1930), dont le sens musical et la richesse vocale exceptionnelle ont fait une incomparable interprète du lied allemand.

Montréal, Québec, Toronto, Vancouver, Stratford, Edmonton présentent annuellement des spectacles professionnels. À Toronto, une troupe permanente, la Canadian Opera Compagny, connaît un essor remarquable et présente régulièrement des spectacles de valeur. Depuis 1957, elle a joué une quarantaine d’opéras durant sa saison régulière à Toronto, sans compter sept adaptations dites «de chambre», présentées en tournée. À l’occasion du centenaire de la Confédération, deux œuvres canadiennes furent présentées: The Luck of Ginger Coffey , de Raymond Pannell sur un livret de Ronald Hamilton, et Louis Riel de Harry Somers sur un livret écrit par Mavor Moore en collaboration avec Jacques Languirand.

Au festival international de Vancouver, qui présenta, en 1958, Don Giovanni avec une distribution canadienne remarquable, une troupe professionnelle s’est formée, la Vancouver Opera Association. Cette compagnie a présenté une vingtaine d’opéras du répertoire traditionnel. Depuis 1966, l’Association possède un atelier d’opéra que dirige Robert Keys de Covent Garden. Cet atelier a pour but principal de permettre aux jeunes qui sont sur le point de se lancer dans une carrière artistique de travailler avec des maîtres et d’acquérir l’expérience de la scène par des tournées en province. Outre ces deux compagnies, mentionnons l’œuvre accomplie par l’Edmonton Opera Association depuis sa formation en 1963: la brillante série d’opéras de Mozart présentés au théâtre Avon, de Stratford, célèbre pour son festival Shakespeare, et le théâtre lyrique de la Nouvelle-France, à Québec, qui se spécialise dans le répertoire français. Montréal, qui a produit tant de chanteurs célèbres sur toutes les scènes du monde, ne possède pas à l’heure actuelle une troupe propre. Paradoxalement, cette ville qui fut la capitale universelle de l’Opéra lors du festival mondial d’Expo 1967, est toujours en pourparlers pour la création d’une troupe permanente. Il y a dix ans environ, Pauline Donalda fonda le Montréal Opera Guild et présenta chaque année, en plus du répertoire traditionnel, des œuvres comme Boris Godounov de Moussorgski ou Le Coq d’or de Rimski-Korsakov. Aujourd’hui, l’orchestre symphonique de Montréal présente chaque année deux opéras de classe internationale.

Le ballet

Il existe trois compagnies de ballets: le National Ballet of Canada, à Toronto, le royal Winnipeg Ballet et les Grands Ballets canadiens. Dans un pays où il faut plus de temps pour traverser l’une des dix provinces que pour franchir trois frontières européennes, on comprendra que les arts du spectacle soient coûteux. Ne lit-on pas dans le rapport du Conseil des arts de 1967 qu’«il en coûte plus cher pour maintenir une ballerine sur un pied de danse qu’un soldat américain sur un pied de guerre»?

La première compagnie canadienne, le Royal Winnipeg Ballet, compte à son actif quatre-vingts créations en moins de trente ans. Son répertoire est varié et comprend des œuvres classiques, mais également des œuvres contemporaines. On y poursuit une recherche chorégraphique assumant certains caractères propres au Nouveau Monde. La création récente la plus réussie du Royal Winnipeg Ballet fut Rose Latulippe , premier ballet canadien en trois actes sur un thème folklorique, présenté le 16 août 1967, au festival de Stratford (Ontario), en marge des fêtes du centenaire de la Confédération. Ce ballet, inspiré d’une légende canadienne française de 1740, qu’il s’agissait de narrer dans un langage contemporain, est l’œuvre du célèbre chorégraphe canadien, Brian McDonald, aujourd’hui directeur de ballet de l’Opéra royal de Suède. La musique est de Harry Freedman de Toronto. Le Royal Winnipeg ballet fut la première troupe canadienne à présenter des tournées en Europe, en Russie, en Amérique du Sud.

Les Grands Ballets canadiens, que dirige Mme Ludmilla Chiriaeff, présentent des œuvres qui accordent une place prépondérante aux thèmes universels. Mais l’un de leurs buts reste de souligner les traits caractéristiques de la personnalité canadienne-française. Des ballets tels que Kaléidoscope , de Pierre Mercure, L’Oiseau Phœnix , de Clermont Pépin, Suite canadienne , de Michel Perrault, Horoscope , de Roger Matton, furent créés sur les scènes canadiennes et à la télévision. Durant le festival mondial de l’Exposition de 1967, les Grands Ballets canadiens ont révélé leur immense talent dans Giselle , sur une chorégraphie nouvelle d’Anton Dolin, conseiller artistique de la troupe, et dans Carmina burana de Carl Orff, sur une chorégraphie de Fernand Nault.

Le National Ballet, que dirige Celia Franca, présente des spectacles somptueux, qui ont su impressionner certains critiques européens, lesquels n’ont pas manqué de souligner la valeur et la compétence technique de cette troupe.

Les conservatoires

Les conservatoires de la province de Québec fonctionnent selon le modèle des conservatoires européens, fait unique sur le continent nord-américain. Dans les autres provinces, les facultés de musique s’organisent à la façon des Departments of Music des universités américaines.

La composition musicale

Le Centre musical canadien vise à la promotion de la musique canadienne dans le pays et à l’étranger. Sa musicothèque contient plus de 3 500 œuvres nationales.

Grâce à la Commission du centenaire, 130 œuvres furent commandées durant l’année 1967. La musique canadienne s’impose de plus en plus mondialement par l’originalité et le métier dont elle témoigne. La diversité de ces compositions répond au rythme et au tempo d’un pays dont l’histoire progresse par bonds.

Des œuvres telles que Louis Riel de Harry Somers, le Te Deum de Roger Matton, Contrastes de Otto Joachim, Quasars de Clermont Pépin, sans oublier les dernières créations de Isthvan Anhalt et de François Morel, sont autant de pages qui marquent une étape décisive non seulement dans l’évolution de leur auteur, mais dans celle de la musique nationale.

Des studios de musique électronique ont été créés à l’université de Toronto et à l’université McGill de Montréal; de jeunes chercheurs: Murray Schaeffer, Isthvan Anhalt, Otto Joachim, Gilles Tremblay ont déjà réalisé des œuvres dont la qualité s’impose avec la maîtrise d’un nouveau langage. D’autres compositeurs d’avant-garde, tel Serge Garant, poursuivent des recherches dans le domaine «aléatoire». Une nouvelle poétique de l’instant voit le jour.

4. Les arts plastiques et l’architecture

L’art du XVIIe au XIXe siècle

Architecture

On ne peut parler véritablement d’architecture au Canada qu’à partir de la deuxième moitié du XVIIe siècle. La population de la Nouvelle-France, alors essentiellement rurale, vit sur des terres seigneuriales. La maison de ferme est donc particulièrement signifiante pour l’étude de cette période. Elle rappelle d’abord les fermes normandes ou bretonnes par ses pignons de pierre, son toit simple et son rez-de-chaussée posé directement au niveau du sol. Cette structure primitive s’adapte progressivement à la rigueur du climat et, dès la fin du XVIIIe siècle, elle se dégage entièrement des modèles européens. Pour éviter l’enneigement, on la surélève, et un escalier conduit à la porte d’entrée. À cette époque, l’Église est l’institution la plus importante de la colonie. L’architecture ecclésiastique, tant rurale qu’urbaine, constitue donc un élément de première importance.

Dès la fin du XVIIe siècle, les églises paroissiales sont construites sur un plan type, exécuté par un maître d’œuvre du nom de Baillif, qui reprend la grande simplicité des églises françaises de l’époque. Les églises des paroisses de l’île d’Orléans, près de Québec, représentent les plus beaux exemples de ce style. La décoration intérieure est presque entièrement en bois sculpté. Dans la ville de Québec, la chapelle Notre-Dame (1688), située sur la place Royale, et le grand séminaire, commencé en 1677, sont les plus importants des rares bâtiments conservés de cette époque, les autres n’étant connus que par des gravures. L’absence d’ornementation confère à l’ensemble une grande austérité. De l’architecture urbaine, il ne reste que peu de monuments, à l’exception de quelques maisons de pierre dans les ruelles étroites qui sillonnent la vieille ville de Québec datant du XVIIe siècle, entourée de remparts en 1775.

Après la conquête britannique en 1759, l’architecture se développe non seulement au Québec, mais aussi en Nouvelle-Écosse et, à partir du XIXe siècle, dans l’Ontario. La majorité des édifices publics adopte alors le style palladien, très en vogue en Angleterre. La première moitié du XIXe siècle est également marquée par la transposition de styles antiquisants, néo-grec et néo-romain. Les églises réalisées par Thomas Baillairgé (1791-1859), dans plusieurs régions du Québec, comportent, dans leur décoration intérieure, des éléments néo-classiques comme les pilastres et les cénotaphes. Mais c’est le néo-gothique qui triomphe pour les grands monuments. L’église Notre-Dame de Montréal, mise en chantier en 1824, est alors la plus vaste entreprise réalisée dans ce style. Puis viennent au milieu du XIXe siècle plusieurs grands projets. L’université de Toronto doit son allure pseudo-moyenâgeuse à l’architecte F. W. Cumberland (1821-1881), élève de sir Charles Barry, l’auteur du Parlement de Westminster à Londres. L’ensemble néo-gothique le plus important est constitué par les trois bâtiments du Parlement d’Ottawa, commencés en 1859 par Thomas Fuller (1822-1898). Par contre, le Parlement de Québec, construit entre 1878 et 1892, témoigne de l’influence du style Second Empire, alors enseigné à l’École des beaux-arts de Paris où se rendaient régulièrement les jeunes architectes du Nouveau Monde.

Sculpture

La révolution industrielle a complètement supprimé la tradition populaire de la sculpture sur bois qui constitue la plus importante manifestation de cet art au Canada français. C’est l’Église qui est la principale source de commandes destinées à la décoration intérieure des édifices religieux. Statues et statuettes représentant les anges et les saints sont produites par des ateliers familiaux, comme celui de Noël Levasseur (1680-1740), installé à Québec, connu pour la réalisation du splendide tabernacle de l’Hôpital général (1722), ainsi que pour la chaire et le retable de la chapelle des Ursulines. Les artistes s’inspirent généralement de modèles français de conception baroque. Le style de Levasseur incite à penser qu’il aurait appris son art auprès de Jacques Leblond de Latour (1670-1715), venu de France à la demande de Mgr de Laval en 1690. Paul Labrosse (1697-1769) dirige un atelier semblable à Montréal. Au début du XIXe siècle, le chef de file des sculpteurs montréalais, Louis Quévillon (1749-1823), et son atelier entreprennent la décoration de l’église du Saut-au-Récollet, et couvrent le plafond et les murs d’une profusion d’éléments décoratifs rococo en bois sculpté. À Québec, on doit à l’atelier des Baillairgé (fondé par Jean Baillairgé, 1726-1805) les meilleures réalisations de la sculpture québécoise. Cette longue tradition prend fin avec Louis Jobin (1844-1928), dont le Saint Luc et le Saint Jean rappellent les sculptures de Chartres.

Peinture

Contrairement à la sculpture, la peinture française introduite en Nouvelle-France au XVIIe siècle par le frère Luc (1614-1685), de la congrégation des Récollets, n’a pas eu de prolongement immédiat. En revanche, c’est l’Angleterre qui contribue dès le XVIIIe siècle au développement de la peinture de paysage, par l’intermédiaire des artistes topographes militaires. Ce n’est qu’après la conquête britannique, vers la fin du XVIIIe siècle, que l’art du portrait prend son essor. François Malepart de Beaucourt (1740-1794) et Louis Dulongpré (1754-1843) en sont les principaux représentants. Si leur peinture religieuse manque totalement d’originalité à cause de leur imitation servile de tableaux français ou tialiens importés, leurs portraits, qui nous livrent une vision élégante et raffinée des notables de l’époque par leur style empreint d’une certaine naïveté, se distinguent nettement de la peinture européenne.

Durant la première moitié du XIXe siècle, les œuvres exécutées par une nouvelle génération de peintres résidant à Québec montrent pour la première fois des paysages locaux et des événements marquants de la vie courante. Joseph Légaré (1795-1855), très engagé dans la défense de la cause francophone, a laissé des œuvres saisissantes: Le Choléra à Québec (1837) ou Les Ruinés après l’incendie du faubourg Saint-Roch (1845). Québec vu de la Pointe-Levis (1840) témoigne d’un intérêt très romantique pour les grands espaces. Antoine Plamondon (1804-1895), qui avait été l’apprenti de Légaré, étudia ensuite plusieurs années à Paris avec Guérin, ancien élève de David. De retour à Québec, il devient le peintre le plus en vue, nous laissant une imposante série de portraits de femmes de la haute société québécoise.

Les artistes qui ont marqué la peinture canadienne ne sont pas toujours originaires du Canada. Ainsi, Cornelius Krieghoff (1815-1872), qui a introduit la peinture de genre, avec ses nombreuses scènes d’auberge ou de ferme, était né aux Pays-Bas et avait étudié en Allemagne. Son contemporain, l’Irlandais Paul Kane (1810-1871), aborde un sujet encore inexploré en produisant, à la suite de grandes expéditions, des toiles représentant la vie quotidienne des Indiens des plaines de l’Ouest.

Contrairement à ce qu’on pourrait croire, la proclamation de la Confédération en 1867 ne provoqua pas immédiatement chez les peintres de sentiment d’identité nationale: ils continuent à peindre pour plaire et pour s’assurer des ventes rapides auprès d’un public fondamentalement conservateur. Des sociétés d’artistes se forment à Montréal et à Toronto, avec l’intention d’exposer en groupe et pour stimuler le marché. Afin de donner aux artistes des exigences de qualité, une Académie royale canadienne des beaux-arts ainsi qu’une Galerie nationale sont fondées simultanément à Ottawa en 1880. Un Salon annuel organisé dans différentes villes du Canada contribue à la diffusion de ces nouvelles exigences. À la fin du siècle, on assiste à un regain d’intérêt pour la peinture, et tous les jeunes artistes se sentent obligés de faire des études à Paris pour s’assurer une brillante carrière.

Après 1880, deux tendances. L’une est représentée par Wyatt Eaton (1849-1896), Horatio Walker (1858-1938) et Homer Watson (1855-1936) qui s’inspirent de J. F. Millet et de l’école de Barbizon, dont le style se prête admirablement au rendu des sujets canadiens: paysages sombres, figures de paysans et travaux des champs. L’autre reflète l’enseignement dispensé à l’École des beaux-arts de Paris. Robert Harris (1849-1919) fréquente l’atelier de Bonnat et William Brymner (1855-1925) travaille à l’Académie Julian. Ils importent de Paris un style analogue à celui qu’on pouvait voir dans les «Salons».

L’art moderne et contemporain

Peinture

Depuis la fin du XIXe siècle, la peinture a pris au Canada le pas sur les autres arts. C’est elle qui franchit, la première, le seuil de la modernité à l’aube du XXe siècle. Maurice Cullen (1866-1934) fréquente Pont-Aven et Giverny, et James Wilson Morrice (1865-1924) fait la connaissance de Whistler et de Matisse. Ils introduisent au Canada une peinture de plein air aux couleurs claires qui, tout en restant marquée par l’avant-garde européenne, se présente comme une approche très personnelle de la planéité du tableau. À partir de 1910, un courant nationaliste fait son apparition, et la répartition des peintres entre deux écoles correspondant aux deux métropoles, Montréal et Toronto, s’affirme plus nettement. En dépit de quelques tentatives proches de l’abstraction, dont la plus étonnante reste celle de Bertram Brooker (1888-1955) – vivant isolé à Winnipeg dans les années 1920 il connaissait les écrits théoriques de Kandinsky –, la peinture demeure figurative et régionaliste jusque dans les années 1940. Cette lenteur à tenir compte des recherches de la peinture européenne s’explique par le relatif isolement de l’ensemble du pays et par la priorité accordée par le mécénat à l’essor économique. La mise en place de structures devant assurer au pays une certaine indépendance face aux États-Unis requiert un effort qui ne laisse pas de loisir pour s’initier à des formes d’art qui semblent alors fort gratuites. La recherche d’une identité nationale est d’ailleurs au centre des débats artistiques et politiques.

À Toronto, sept peintres s’associent afin de défendre un nouveau type de peinture plus représentatif d’un pays nordique. Fort impressionné par une exposition d’art scandinave, Tom Thomson (1877-1917) et le groupe des Sept tentent d’exprimer le caractère propre de leur pays, en choisissant des sujets tirés de la forêt du nord de l’Ontario. Leur style expressionniste traduit la violence des éléments naturels et l’immense solitude des forêts. L’un d’entre eux, Lawren Harris (1885-1970), se rend même à la terre de Baffin et produit des tableaux de glaciers d’une monumentalité saisissante, exprimant parfaitement le silence absolu de ces régions lointaines.

Au contraire, les peintres de Montréal s’attardent plutôt à décrire le paysage urbain: Marc-Aurèle Fortin (1888-1970) et surtout Adrien Hébert (1890-1967), qui représentent par des couleurs vives des rues ou des gros plans du port de Montréal. Il faut replacer cette peinture dans le contexte extrêmement conservateur des années 1930. Pour sortir le Québec de son isolement et introduire dans la pratique picturale les principales innovations de la peinture parisienne, il fallait secouer un triple conservatisme: religieux, politique et esthétique.

John Lyman (1886-1967) y contribue très activement, tant par sa peinture que par sa critique d’art dans le quotidien The Montrealer entre 1936 et 1940. Il fonde en 1939 la première Société d’art contemporain, qui a pour but la diffusion de l’art d’avant-garde. Cet événement est suivi en 1940 par le retour au Canada d’Alfred Pellan (1906-1988) après un séjour de quatorze ans à Paris. Sa peinture, bien que témoignant d’éclectisme, est alors perçue comme la source d’un renouveau sans précédent. On y retrouve des références à Braque, à Matisse, à Picasso et aux surréalistes, pour la plupart inconnus des milieux québécois. La controverse suscitée par sa peinture aboutit en 1945 à la démission du directeur de l’École des beaux-arts, alors très opposé aux tendances modernes. Cette victoire opère une première brèche dans le conservatisme dominant. L’étape suivante est la publication, le 9 août 1948, du manifeste incendiaire de Paul-Émile Borduas (19051960), Refus global . Professeur à l’École du meuble, il avait réuni autour de lui des jeunes, soucieux de libérer la peinture de son carcan traditionnel en utilisant les techniques automatistes proposées par André Breton. À cause de ses attaques contre l’Église, qui règne en maître incontesté sur le ministère de l’Éducation, et contre le gouvernement conservateur de Maurice Duplessis, il est démis de ses fonctions d’enseignant. Sa notoriété n’en est que plus grande. À cette époque, sa peinture d’inspiration surréalisante, mi-figurative mi-abstraite, se présente comme un agencement libre de formes qui flottent sur le fond de la toile. Progressivement, ces formes éclatent, et l’organisation des taches de couleur devient son principal moyen d’expression. En 1953, il décide de s’installer à New York, où il découvre une peinture américaine encore plus radicale que la sienne. C’est en effet la grande période de Pollock, Kline et Motherwell. Borduas réduit sa palette et décide en 1955 de poursuivre à Paris la voie entrevue à New York. L’Étoile noire , de 1957, représente bien l’état de ses dernières recherches picturales. Sur une couche blanche très empâtée, il organise un réseau de taches noires, ou d’un brun très foncé, de manière à créer entre elles une tension visuelle. Mais c’est plutôt sa peinture automatiste des années 1940 qui a influencé la génération suivante.

À partir des années 1950, la peinture québécoise s’engage résolument sur la voie de l’abstraction. Deux décennies verront se succéder une suite d’expériences qui donnent à l’art canadien une place internationale, par l’exploration de voies nouvelles situées entre celles des deux grandes Écoles, Paris et New York. Jean-Paul Riopelle (né en 1923) exploite le grand format et la structure all-over de la peinture américaine, en produisant des surfaces où la couleur devient le seul sujet de la peinture. Jean McEwen (né en 1923) se dégage quant à lui de l’automatisme et développe en série des tableaux dans lesquels une multitude de couches de couleurs chatoyantes sont rythmées par des verticales. Un jeu subtil entre transparence et opacité constitue l’essentiel de son propos. Un autre courant se dessine afin de proposer une alternative au tachisme. Les néo-plasticiens, regroupés autour de Guido Molinari (né en 1933), reprennent les écrits théoriques de Mondrian et s’orientent vers la production de toiles plus rigoureuses, dans l’esprit de la peinture hard-edge américaine, qui privilégie une séparation nette de bandes de couleurs pures. À Toronto, pour arriver à ébranler la tradition du paysage implantée par le groupe des Sept, un autre groupe, très actif à la fin des années 1950 sous le nom de Painters II, cherche à imposer une peinture entièrement soumise à la planéité de son support, correspondant à celle que défend à New York le critique formaliste Clement Greenberg. L’œuvre du peintre Jack Bush (1909-1977) est la plus représentative de cette tendance.

Depuis la fin des années 1970, la peinture est fortement contestée par d’autres formes d’art post-moderne, telles que la vidéo, la performance, l’art conceptuel et les installations. Elle n’a pas pour autant cédé la place, et la production des années 1980 témoigne de sa vitalité. Après vingt ans d’abstraction formelle, on assiste désormais à un retour, sous une forme ou l’autre, de la figuration. Il est encore trop tôt pour savoir quels artistes l’histoire retiendra. Une œuvre s’impose pourtant par la force de ses images troublantes. Betty Goodwin (née en 1923), venue tardivement à la pratique artistique, se distingue très nettement par la qualité de son dessin et par le caractère aigu de son propos. Les grandes figures calcinées de Carbon (1986) parlent autant de la peinture que de la difficulté de communiquer avec autrui. La réflexion sur la condition humaine et la qualité de la traduction picturale qu’elle poursuit en font l’artiste la plus remarquée de cette décennie.

Sculpture

Il faut attendre les années 1960 pour voir apparaître au Canada une sculpture originale et de qualité. Avant cette date, les artistes ne semblent témoigner aucun intérêt pour cette forme d’art. Aucune école ne s’est imposée, et même la sculpture traditionnelle est presque inexistante. L’entreprise de revalorisation de la sculpture a d’ailleurs dû faire l’objet d’un soutien officiel: l’État passe des commandes pour ses édifices publics, et la Galerie nationale organise des expositions et décerne des prix depuis 1962.

Les premiers à relever le défi sont des peintres comme Henry Saxe (né en 1937) et Ulysse Comtois (né en 1931) qui décident d’orienter leur démarche vers la sculpture. L’ensemble de la production comporte deux traits distinctifs: la figure humaine en est à peu près absente – sauf dans l’œuvre de Mark Prent (né en 1947) –, et les constructions en trois dimensions utilisent les matériaux les plus divers (fer, aluminium, fibre de verre, Plexiglas ou tout simplement objets trouvés). Robert Hendrick (né en 1930) et Sorel Etrog (né en 1933) sont les principaux représentants de l’utilisation du bronze dans la production de formes à forte connotation organique. Mais l’œuvre la plus marquante de cette génération est celle de Robert Murray (né en 1936), qui compose des formes abstraites en agençant de grandes plaques de fer incurvées et planes, peintes en rouge ou en bleu.

Le chemin parcouru par la sculpture en deux décennies est spectaculaire. Les artistes sont rapidement promus au premier rang et s’insèrent dans les grands courants internationaux. Les frères jumeaux David et Royden Rabinowitch (nés en 1943), de London (Ontario), ainsi que les Montréalais Roland Poulain (né en 1940) et Claude Mongrain (né en 1948) œuvrent dans l’esprit de l’art conceptuel en assemblant des éléments formels sur le sol. Les pièces en acier ou en béton fabriquées par l’artiste associent les formes plus gratuites de la sculpture aux matériaux propres à l’architecture, matériaux généralement manufacturés en usine. Plus récemment, l’œuvre de Michel Goulet (né en 1944), représentant le Canada à la 43e biennale de Venise, délaisse cette approche formelle de la sculpture pour passer à une forme d’expression où le travail sur l’acier se combine avec des objets: lits, tables, chaises, boîtes, etc., pour les détourner de leur référent premier. En modifiant la position normale de ces objets (par exemple un lit dressé contre le mur), il insiste non seulement sur leur structure, mais sur la possibilité qu’ils ont d’évoquer autre chose.

Architecture

Le développement de l’architecture moderne se fait très lentement et rencontre une opposition farouche de la part des défenseurs des différents styles «néo». Durant les années 1920 et 1930 surgissent des édifices de bureaux qui rappellent ceux de New York ou de Chicago. Mais il faut attendre la fin des années 1950 pour que se traduisent ici les caractères du style international dont le dépouillement et la sévérité étaient l’objet d’une forte résistance. L’influence de Mies van der Rohe est parfaitement assimilée par John B. Parkin, de Toronto, qui contribue largement à donner à cette ville son apparence actuelle.

L’architecture post-moderne possède également son monument avec l’imposant musée des Beaux-Arts du Canada à Ottawa, qui surplombe la rivière des Outaouais. Conçu par Moshe Safdie, il a été inauguré en 1988. Ce musée, dont le grand hall offre aux visiteurs grâce à ses verrières des aperçus sur les deux monuments néo-gothiques qui lui servent de référent, la cathédrale (1846) et les bâtiments du Parlement (1876), permet d’exposer adéquatement les collections de peinture et de sculpture européennes de l’ancienne Galerie nationale. De nombreuses salles sont consacrées à la présentation de l’art contemporain international. Et l’on y trouve également une collection très complète de la peinture canadienne.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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